21 août 2006
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Afrique du Sud: quand une croyance se mêle de science

La critique sévère du gouvernement sud-africain par l’envoyé spécial des Nations Unies sur le sida a déclenché un débat politique là-bas. Mais un fait demeure: l’Afrique du Sud demeure l’un des pays les plus durement touchés par le sida... et son gouvernement demeure l’un de ceux qui nient avec le plus de force l’association entre le virus et la maladie.

Dans un langage peu diplomatique, Stephen Lewis, envoyé spécial des Nations Unies sur le sida, a déclaré vendredi, 18 août, lors de la clôture de la conférence mondiale sur le sida à Toronto, que l’Afrique du Sud persistait dans son approche "immorale et inefficace" face au sida.

Le lendemain, la ministre de la Santé d’Afrique du Sud, Manto Tshabalala-Msimang, a répliqué dans un communiqué que son gouvernement a distribué gratuitement des millions de condoms et mis sur pied un programme de distribution gratuite de médicaments qui touche à présent 175 000 malades.

Le budget alloué au sida a quant à lui triplé entre 2002 et 2005.

N’en demeure pas moins que ce pays est dans une position ambiguë. Quelque 175 000 personnes, c’est fort peu en regard des cinq millions et demi de ses 47 millions de citoyens qui seraient aujourd’hui infectés. Et il n’est pas si loin le jour où, en 2003, le président Thabo Mbeki continuait de nier que le VIH cause le sida, et s’opposait à l’entrée dans son pays de la trithérapie, la qualifiant de nocive.

Devant l’ampleur des protestations, il a dû reculer, mais continuait encore, en 2004-2005, de mettre des freins à la distribution des médicaments.

La recette de la ministre de la santé: ail et huile d'olive

Une histoire sans fin...

Juillet 2000: le congrès mondial sur le sida, qui a lieu en Afrique du Sud, est témoin de la même controverse.

Quand un président se mêle de sida (mai 2000)
La croyance du président sud-africain apparaît au grand jour: le Washington Post publie une lettre expédiée à Bill Clinton et aux Nations Unies, dans laquelle le président se plaint de la "campagne de condamnation" pour ses vues de "dissident"


Quand un président se mêle de sida (octobre 2000)
L'ancien président Nelson Mandela attaque le président.


Politique et science ne font pas bon ménage (décembre 2001)
Les autorités refusent de financer les médicaments.


Sida: les juges sud-africains disent au président de bouger (juillet 2002)

Quand un président se mêle de science (épisode 231) (mars 2003)
L'Afrique du Sud ne finance toujours pas l'accès aux médicaments

Sida: quand un président se mêle de science... (août 2003)
La ministre de la Santé soulève les hauts cris lorsqu'elle suggère (à nouveau) aux sidéens de se soigner avec de l'ail, de l'oignon, de l'huile d'olive et une patate.

Et sa ministre de la Santé elle-même fait depuis des années la promotion de "médicaments maison": l’huile d’olive, ail, oignon et patates locales, par exemple.

La ministre de la Santé en avait d'ailleurs fait la promotion aux conférences mondiales sur le sida de 2002 et 2004, et cette année, à Toronto, le kiosque de l’Afrique du Sud présentait même un panier de ces aliments, comme étant "le traitement".

"Tshabalala-Msimang ne peut plus être qualifiée de bizarre ou d’amusante, commente le chroniqueur sud-africain Vukani Mde, du Business Day. Son comportement dépasse les limites de l’idiotie et frôle le meurtre."

Sa détermination à promouvoir ces produits naturels plutôt que les antirétroviraux "a réduit l’Afrique du Sud à une blague internationale", renchérit la chroniqueure Khathu Mamaila, du City Press Sunday. "Peut-être devrait-elle travailler pour le ministère de l’Agriculture."

Ces appels à la démission lancés dans les journaux en fin de semaine ont rapidement été récupérés par les politiciens des partis d’opposition.

Dimanche soir, la ministre a défendu à la télévision ses "médicaments maison", invoquant rien de moins que la Constitution: "nous avons une Constitution en Afrique du Sud qui nous donne le droit de choisir. Les gens ont le droit de dire à leur médecin ce qui fonctionne pour eux."

Pascal Lapointe